un fabricateur…


  Je suis né en 1959, en Normandie, après des études à l’école des Beaux-Arts de Paris, un cursus appliqué avec Paul Chauchard (ceci expliquant des explorations profondes),  j’ai longtemps travaillé dans l’univers de la communication visuelle. Mon profond attachement à l’art, en général, à certaines techniques et à certains artistes en particulier (Kandinski, Fautrier, Miotte, Rothko,…), a toujours marqué mes pratiques picturale et photographique.


   Marc Leforestier peint, entre Beauce et Sologne, en bord de Loire. Ses toiles présentent cet entre-deux, ce point de rupture du lieu de création entre une certaine ascèse, touchant à l’austérité, et une profusion de couleurs, de formats et de détails, générosité propre à la personnalité de l’artiste. Il faut du temps pour regarder et voyager : une fois immergé,  on se repère grâce à des formes essentielles, carrés ou fenêtres sur l’imaginaire, triangles, voiles blanches de ces barques de Loire, toues, fûtreaux ou gabares sillonnant l’interface dont on a parlé, hiéroglyphes mystérieux, figures troglodytiques réduites à leur plus simple expression de silhouettes étranges et primitives, petits traits alignés, fragiles, ratures émouvantes, comme autant de mesures du temps, au fil des jours, des siècles, des millénaires…

   Car ce qui caractérise l’œuvre de Leforestier, c’est la présence fascinante du temps : usure apparente de la matière, dégradation au sens italien du terme (digradazione), refends qui lacèrent la toile, comme autant de lignes de partage des couleurs, coulures, éclats de matière, domaines cloisonnés, mais aussi contraste entre temps long de la savante préparation du support, dont lui seul a le secret, et spontanéité du geste dont l’empreinte, dans le temps court et virtuose du trait, saisie instantanée, fixation définitive des pigments sur la toile, traces de couteau, de spatule ou de truelle, marque l’inspiration et l’humeur du moment. Au cours de ce voyage entre longue durée et immédiateté, des murs familiers surgissent soudain du fond du cadre, évidents, nécessaires, ceux de Sienne dont une série porte le nom, et dont émergent des réminiscences : cet art de conjuguer espace, temps et matière, est aussi le travail du souvenir qui s’écrit, se récrit, se recrée et s’inscrit durablement en nous, « immense et compliqué palimpseste de la mémoire.

Jérome BLOCH
Auteur, agrégé de l’Université, Ancien diplomate, Conseiller de la création au ministère de la culture


   Même lorsqu’y figurent un mur de pignon américain zébré de ses fire escapes, un fragment de structure industrielle ou un nu féminin, les photographies de Marc sont des paysages.

   D’abord au sens géographique du mot, comme fragment de nature offrant immédiatement au regard un ensemble cohérent de lignes, de volumes et de rapports significatifs. L’ondulation d’un flanc féminin y prend la même valeur que le vallonnement d’une campagne sous une nuée d’orage.

   Mais aussi au sens esthétique d’un tableau : il ne s’agit pas seulement de reproduire tel morceau du réel, mais de l’interpréter. Ici le jeu de la lumière dans tous ses états est essentiel, comme le rappelait Diderot à propos de la peinture, parlant de « l’intelligence de la lumière ». Ce profil renversé dans l’ombre où il se noierait, si son relief n’accrochait l’éclat d’une lampe : un paysage.

    On se dit alors que Marc est un romantique, dans la mesure où pour lui ces paysages photographiques sont aussi des états d’âme. Ils semblent le plus souvent refléter un espace mental, ainsi de ces brumes investissant un sous-bois de leur mystère, ou de ces firmaments dramatiques « de l’horizon embrassant tout le cercle … »

   Aussi parcourt-on cet album comme on feuillette un recueil de poèmes, en une promenade sentimentale.

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Alain Le Gallo, Universitaire, critique d’art.


    Il y a dans la peinture de Marc quelque chose de fondamentalement rassurant, au sens plein du terme : elle rend à chacun son équilibre. Le paradoxe est que cet aplomb qu’elle nous restitue tient à toute une série d’antagonismes ; ou peut-être est-ce précisément en raison de ces oppositions entre surface et profondeur, matière et légèreté, transparence et opacité, éclat et obscurité, qu’elle nous donne cette certitude d’une totalité aboutie.

   Grandes ou petites, les compositions de Marc exhibent toujours un en-deçà d’elles-mêmes, une densité d’existence qui semble venir d’avant leur expression picturale, comme si le pinceau ou le couteau avait saisi l’intention significative au moment précis de son surgissement, avant que la conscience ne l’organise trop – et pourtant, cette désignation des origines se voit aussitôt contredite par un ostensible travail de la pure surface des pâtes et des pigments, en grattages, raclages, incisions légères et inscriptions de tous ordres, lettres, chiffres ou silhouettes élémentaires.

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Alain Le Gallo, Universitaire, critique d’art.


   Tout comme sa peinture, la photographie de Marc Leforestier est matière. Mais loin de la rugosité des aplats de la première, de l’éclat de ses pigments, de la primitivité de ses figures, c’est dans le grain délicatement policé de ses noirs & blancs que se révèle, s’exprime et s’épanouit la seconde. Emergent alors plaines et nues, brumes et flots, corps et constructions que souligne dans leur diversité l’infini modulation de clairs-obscurs à laquelle se prête une lumière éternelle complice. Car c’est dans ses entours que Marc L. choisit et saisit ses vues comme autant de fragments d’une réalité dont il éclaire la poésie secrète, comme autant d’impressions condamnées sinon par la fugacité de la seconde qui les a vu naître. Et c’est bien du temps dont il est question ici aussi, du temps dont l’artiste s’applique à combattre l’œuvre d’oubli en lui disputant une à une les preuves d’instants, privilégiés à ses yeux par le sens qu’il leur donne. Autant d’images, d’instantanés, qui font écho aux émotions qui nous définissent et constituent notre lot commun, autant de moments suspendus arrachés à la ronde des heures qui les broie, éléments détourés, disparates, mais qui mis côte à côte, poignantes tesselles, dessinent peu à peu la mosaïque de l’existence.

   Un arbre perdu dont nul cheminement ne viendra briser la solitude, une aube frileuse baignée de brume, l’écume d’une mer courroucée, le moutonnement de vignes alanguies, le galbe d’un corps offert, de lointains horizons appels au voyage… Marc L. est friand de ces instants qui font la vie, volés au temps qui passe et efface ; Marc L. aime la vie, la célèbre, et elle le lui rend bien.

Christophe Thomet – Conservateur.


Artiste certifié et coté Akoun et i-cac chacune de mes œuvres picturales dispose d’un certificat d’authenticité et d’une convention expert.

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